Angoulême 2009 - Baru, interview explosive
Hervé Barulea, dit Baru, n'a plus besoin d'être présenté dans le monde de la bande dessinée. S'il fait partie de la sélection officielle d'Angoulême 2009, il n'en est pas à son coup d'essai et il a d'ailleurs déjà remporté plusieurs prix au festival. C'est peut-être pour cette raison qu'il nous livre sans tabous ses impressions mais aussi des anecdotes sur la réalisation de sa dernière BD : Pauvres Zhéros, tirées du roman de Pierre Pelot.
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Aujourd'hui, plus grand chose. Il fut un temps où les "nominations", comme on disait, avaient un peu de sens, dans la mesure où elles n'étaient pas nombreuses. Elles attiraient l'attention, toute relative, sur une poignée d'albums. Là, il y a une cinquantaine de bouquins, et c'est tout juste si on arrive au bout de la liste sans s'endormir.
De plus, je suis convaincu, maintenant, que le "public BD" est tout à fait réfractaire à toute forme de prescription. Il vote avec son porte monnaie, et il se fiche complètement des avis des "spécialistes", surtout quand ils sont réunis en jury, fut-il d'Angoulême.
C'est vrai pour le lauréat de la sélection, dont les ventes vont peut-être connaître un léger frémissement, mais sans plus. Alors, vous imaginez pour le reste de la sélection…
D'ailleurs, c'est là qu'Angoulême a complètement raté la valorisation de ses prix, à l'inverse du cinéma ou de la littérature.
C'est Pelot qui me l'a proposé. Nous avions décidé de "faire quelque chose" ensemble, il y a longtemps. Je lui avais demandé de m'écrire une nouvelle, dont j'aurais fait un scénario de bandes dessinées. La nouvelle n'est jamais venue. En échange, il m' a proposé ce vieux roman, qui datait des années 80, parce qu'il trouvait qu'il collait assez bien aux univers que je développais depuis que j'étais apparu dans le métier.
Pelot est un écrivain prolifique. Je connaissais son œuvre au noir, et sa veine historique. Pauvres Zhéros m'a convaincu. J'ai même l'impression que Pelot a eu la prémonition de mon arrivée dans le monde des mickeys, et qu'il avait écrit ce bouquin là pour moi. Etonnant, non ?
J'ai lu avec attention le roman. Je l'ai relu, à la recherche de ce qu'il me disait, au delà de l'anecdote. Quand j'en ai eu l'intuition, j'ai commis un scénario, dans lequel je reprenais les caractérisations de personnages et les situations qu'elles génèrent, pour aller en rythme et en tension vers la réalisation de la thématique que j'avais cru y trouver.
Je l'ai soumis à Pelot, qui m'a dit banco, après quelques retouches au niveau des dialogues.
Le travail d'adaptation est fini à ce moment-là. Après, c'est comme d'habitude pour moi : découpage, crayonnés, encrage, couleur. La cuisine, quoi.
Plutôt du bien. Elle est toujours bien vivante, avec des nouveaux épatants qui débarquent, rapprochant un peu plus les anciens de l'hospice. Seule ombre : la surproduction, qui accélère la mutation de la culture du livre en culture de la part de marché.
A cela, il faut ajouter l'ennui qui me vient devant les piles de ce que produit l'académisme qu'a engendré l'Association chez ses suiveurs: des kilomètres de petits dessins en noir et blanc, presque abstraits à force d'être minimalisés, et qui singent la littératuure dans ce qu'elle a de plus caricaturalement narcissique.
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Interview réalisée par Adeline Grosjean avec l’aimable complicité du service de presse de Casterman.
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